Et plouf, un papier du Canard Enchaîné pour Engué!

Banderole en soutien à Engué - Manifestation anti répression Mai 2014 à Nantes

Banderole en soutien à Engué – Manifestation anti répression Mai 2014 à Nantes

Depuis le 1er avril dernier Engué, un camarade de lutte et un ami, croupit dans les geôles nantaises de la nouvelle prison de la prison de Carquefou pour avoir balancé un fumigène artisanal en direction du mur anti émeute dressé en plein cœur de ville le 22 février 2014, lors de la grande manif anti aéroport.
S’il avait vraiment balancé ce fumigène (qu’il a conçu lui même), la police n’aurait pas pu retrouver son ADN dessus car il l’aurait sans l’ombre d’un doute allumé. Et quand bien même il l’aurait balancé, il apparaît que le mur ciblé n’a pas été touché. Et quand bien même il aurait été touché, peut-on vraiment parler de « violences sans ITT »  quand on parle de matériel?!

Le Canard Enchaîné lui a dédié un papier ce mercredi. Voici l’article en question:

Cliquez sur la photo pour accéder à la rubrique de Citizen dédiée au cas d'Enguerrand

Cliquez sur la photo pour accéder à la rubrique de Citizen dédiée au cas d’Enguerrand


Petite question innocente :
Combien de footeu.se.x seraient derrière les barreaux si ce traitement d’exception dont bénéficie Enguerrand était systématique? En France, la pratique a beau être interdite, les supportereuses ne terminent pas en taule comme ça… Il n’y aurait pas de place pour tout le monde! Ci-dessous, une vidéo d’un stade en France où l’on craque quelques fumis en dépit de l’interdiction. M’est avis que les fumi-gêneureuses coulent des jours paisibles à l’air libre entre les matches!
https://www.youtube.com/watch?v=WgWBO5OxjOg

Retracez l’historique de son incarcération et de l’acharnement judiciaire dont il est l’objet.
Indymedia Nantes répertorie les différentes infos publiées par le Comité de Soutien à Engué depuis la parodie de justice qui l’a envoyé en taule le 1er avril dernier.

Vous pouvez lui envoyer vos p’tits mots de soutien en lui écrivant à cette adresse :

Enguerrand Delanous – écrou 59694
Rue de la Mainguais
BP 71636
44316 Nantes cedex 3


Et si vous n’aviez pas d’autre inspiration que quelques chiffres en toutes lettres sur un chèque (même tout petit) c’est à l’ordre de « Les amis d’Engué » qu’il faut le dresser. 

Voici l’adresse où envoyer vos p’tits papiers :

Comité de soutien à Enguerrand
Chez Maxi Liotard
15 rue Mathurin Brissonneau
44100 Nantes

La vie est chère en taule, et Engué a une femme et une fillette qui depuis 7 mois attendent son retour à la maison. Les sommes récoltées les aideront financièrement tous les trois.

SOLIDARITÉ!

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Enguerrand en grève de la faim contre l’acharnement du ministère public

Engué est un ami et un camarade de lutte depuis mes quasi débuts. Il a été condamné à un an de prison car son ADN a été retrouvé sur un fumigène balancé vers le mur qui coupait le centre ville de Nantes en deux le 22 février dernier. Il avait fait l’objet d’une véritable machination policière un an auparavant, mise en lumière et démontée in extremis grâce à la réactivité de nos camarades. Je relaie cet article publié en tribune libre sur Citizen Nantes et j’espère que vous en ferez autant. La « Justice » est elle aussi un outil de répression régulier à l’encontre de nos luttes. Courage Engué, courage aux tienNEs!
Liberté pour Engué
Enguerrand est en grève de la faim contre l’acharnement du Ministère public Aujourd’hui 13 novembre 2014, Enguerrand entame une grève de la faim. Vendredi dernier, il a vu sa demande d’aménagement de peine acceptée par la JAP (Juge d’Application des Peines). Il aurait du sortir hier, sous bracelet électronique, et commencer à travailler à partir de lundi. Sa libération a toutefois été suspendue par le parquet, qui fait appel au prétexte qu’il n’a pas travaillé entre janvier 2013 et son incarcération.  Et pourtant, Enguerrand travaille en prison, et il a pour lui les avis du SPIP (Service Pénitentiaire d’Insertion et de Probation) et de la pénitentiaire : le dossier rêvé. Cette décision politique soulève deux paradoxes : Le procureur, par sa décision, empêche Enguerrand d’occuper l’emploi qu’il avait décroché au motif qu’il n’aurait pas travaillé pendant un an. Le ministère public se déjuge en allant bien au-delà de la peine qu’il avait requis lors du procès du 1er avril, à savoir 6 mois ferme. Cela va faire 7 mois et demi qu’Enguerrand est sous les verrous. La date d’appel n’est toujours pas connue. Comité de soutien à Enguerrand Source : http://www.citizen-nantes.com/article-n-ayons-pas-peur-de-resister-lettre-de-prison-d-enguerrand-124196609.html

Aux vieux cons que nous sommes devenus

J'ai exceptionnellement choisi de ne pas féminiser ce texte pour en faciliter la lecture aux moins coutumierEs de ce type de rédaction.
Il est dédié à mes amiEs, aux vôtres, à touTEs celleux qui restent bras ballants alors qu'une lame de fond devrait traverser le pays en réaction à la mort de Rémi Fraisse, aux récentes révélations de Médiapart 
et du Monde, mais aussi à tous les autres cas moins connus de violences policières qui commencent à être connus.
J'espère que les plus féministes comprendront la finalité de cette non féminisation...

Je m’adresse à mes (vieux) copains et aux vôtres, qui ont aujourd’hui des gosses ou sont en passe d’en avoir : Vous vous souvenez de l’époque du lycée et de la fac? Des mouvements contre le CIP de Balladur ou la réforme Allègre et de cette fameuse sortie : « il faut dégraisser le mammouth ». Oui ça remonte, c’était en 1998 et pour ma part, j’étais en première si mon souvenir est bon.
Flash-back : http://www.ladepeche.fr/article/1998/10/28/162054-lycees-du-neuf-des-la-rentree.html

Cliquez sur la photo, c'est un lien vers un article bien différent que la soupe médiatique que vous pouvez avaler quotidiennement...

Cliquez sur la photo, c’est un lien vers un article bien différent que la soupe médiatique que vous pouvez avaler quotidiennement…

On n’était pas tous politisés, je ne l’étais pas moi même, mais on s’est retrouvés à battre le pavé. Je garderai toujours ce souvenir des cortèges lycéens de Carcouët et Monges – La Chauvinière se rejoignant non loin de Beauséjour ; des embrassades et accolades et de la camaraderie, du sentiment d’unité, de l’énergie que l’on avait et de la détermination de nos cortèges. On a  parcouru des kilomètres et des kilomètres jusqu’au rectorat.  On forçait les entrées des lycées malgré le barrage des administrations. À Michelet on était rentrés dans les couloirs en faisant tout le bruit possible afin de rameuter nos camarades les plus frileux en gueulant « Libérez nos camarades »… Vous vous en souvenez?
Mon père n’était pas d’accord avec le fait que je participe au mouvement, et je l’ai pourtant fait. Je me souviens que de nombreux parents avaient interdit de manifester à mes copains,  mais on a transgressé les interdits parentaux…

Pourquoi je vous parle de ça?

  • Parce que j’en ai marre d’avoir l’impression qu’on a tous oublié ce que c’est d’être jeunes, d’avoir envie de foutre à bas tout ce qui semble injuste et inacceptable.
  • Parce que les parents que nous sommes devenus ou que nous deviendrons potentiellement doivent se souvenir qu’ils ont été jeunes et révoltés. On a (presque) tous été un jour amenés nous aussi à manifester, même si aujourd’hui pas mal d’entre nous sont rangés et mènent une vie tranquille. Et quand bien même on n’aurait pas nous même manifesté, on a tous des proches, de la famille, des potes qui l’ont fait…  Si on a des gosses, des nièces, des neveux, des frangins des frangines, plutôt que de les critiquer et de leur reprocher leur révoltes, ne devrait-on pas tout faire pour qu’ils puissent à leur tour exprimer leurs opinions?On ne doit pas oublier ça!
  • Parce que nos gosses, si petits soit-ils pour le moment, vont à un moment donné avoir envie d’en faire de même et qu’il semble logique qu’ils puissent le faire sans risquer d’y perdre un œil, un nez, ou la vie!
  • Parce que ça fait partie de la vie et du développement de leurs personnalités que de se mobiliser à un moment pour refuser l’injustice et qu’à bien y réfléchir, si le monde tourne comme il tourne, c’est un peu (beaucoup) à cause de notre immobilisme.
    A flipper pour notre petit confort personnel, on en arrive à ne plus croire en rien.

La jeunesse a cette énergie de révolte qu’on a l’air de ne plus avoir. Elle porte un regard neuf sur ce qu’on a fini par admettre à force de pacification et de martelage des impératifs inhérents à la vie  : Bosser pour assurer le quotidien, rester concentrés sur nos petites vies et ne surtout pas se mêler de politique. Ne pas faire de vagues, ne pas prendre de risques…
On peut dire ce qu’on veut. On peut penser que les djeuns d’aujourd’hui n’ont qu’une envie : bloquer leur lycée pour gratter les cours etc… D’une c’est faux et quand bien même ça serait vrai… Ne l’avons nous pas fait nous-même?!
Me dites pas qu’à 16, 17, 18 ans vous étiez aussi tristes et résignés que vous l’êtes aujourd’hui … On est pas sérieux quand on a 17 ans… Et tant mieux!FlyerLycéesComment peut-on donc accepter en tant que parents qui en sommes passés par là, que les gosses d’aujourd’hui et de demain, que les nôtres, ceux de nos voisins, de nos frangins, de nos copains, soient privés du droit d’exprimer leurs idées et leurs êtres?

  •  Est-ce que c’est notre rôle de parents de les éduquer à la soumission, à la contrainte, au fait de se résigner à ce que le monde soit si dégueulasse?! Est-ce que nous devons les formater, leur dire comment ils doivent penser, leur dire qu’ils ne doivent pas penser, ou encore qu’il le peuvent, mais qu’il faut penser en silence?!
  • Est-ce que le message qu’on veut leur passer c’est « fais ce que je dis, pas ce que j’ai fait »?!

Quand je vois mon fiston à 14 ans, commencer à avoir son avis sur l’état du monde et des choses, à dénoncer des injustices flagrantes de son quotidien (les manquements collectifs en permanence, l’arbitraire de certaines punitions au collège, le comportement des contrôleurs de la TAN ou de profs qui leurs parlent n’importe comment, la présence de flics à la sortie du collège…), et qu’il me raconte tout ça sur un mode « euh, c’est pas normal quand même », ça me rassure!
Quand parfois il va au delà du constat et qu’il s’oppose en conscience… Quel bonheur!Mais voilà,  à l’aube de sa prise de conscience, de la construction de ses opinions, il a PEUR. Peur d’aller en manif avec moi, peur pour moi quand j’y vais avec les miens…
Et ça, ça m’inquiète, ça m’attriste, ça me révolte!

A l’époque de nos rébellions lycéennes et/ou étudiantes, ça paraissait plus « soft » et les thèmes étaient plus ciblés (des réformes…) que ce à quoi ces mouvements ressemblent aujourd’hui.

Les lycéens qui participent au Mouvement Inter Luttes Indépendant à Paris se mobilisent  pour des raisons qui nous touchent tous. Ils posent la question du droit de manifester sans risquer de se faire arrêter arbitrairement, frapper, blesser, mutiler ou tuer!
Ils font preuve d’un courage et d’une conscience humaniste juste incroyable et se mobilisent sur des questions auxquelles trop d’entre nous ne veulent même pas réfléchir tellement nous sommes formatés à accepter, à nous résigner… Au delà des risques qu’ils prennent pour leur intégrité physique, ils subissent une vaste opération d’intox médiatique et malgré tout, ils persistent et élargissent le champ de leur action en étayant la question des violences policières et de la répression d’EtatLes expulsions de leurs camarades « en situation irrégulière » — qui, faut-il le préciser, restent des (petits) êtres humains, même s’ils n’ont « pas de papiers » —  les contrôles au faciès à l’encontre de toute personne qui semble « pas très française » ou qui semble venir d’une cité, le harcèlement policier quotidien des banlieues, viennent s’ajouter à leur dénonciation des mutilations en cascade, et de tous ces meurtres policiers dont les médias parlent peu ou prou.

La police tue impunément

Vous croyez qu’ils exagèrent? Que j’exagère?
Voici la liste des victimes blessées, mutilées tuées par la police : http://27novembre2007.blogspot.fr/2014/05/violences-policieres-flashball-lbd-les.html)

Alors on va me dire que « la délinquance », le « sentiment d’insécurité » nécessitent une recrudescence de la présence policière dans les rues, dans les quartiers, partout.  Que c’est rassurant de voir du bleu à tous les coins de rues… Personne ne se pose la question de comment les gens (sur)vivent dans un contexte économique et social qui ne va que de mal en pis?  Personne ne réalise que la population est divisée en strates et gérée différement selon des critères abjectes.
Par contre, quand vous vous faîtes flasher, contrôler positif à l’alcoolémie ou au THC, quand on vous tape au portefeuille, là vous vous trouvez ça injuste…

Et quand un flic qui a mutilé un mineur avec une arme expérimentale (équipée d’un viseur réputé précis!) est relaxé, sans qu’on puisse parler de « légitime défense »…C’est juste?
Ou encore quand des flics qui ont asphyxié un autiste ne sont condamnés qu’à des peines de prison avec sursisC’est juste?
Quand le parquet (entendre l’État) réclame des non-lieux dans des affaires de meurtres par les forces de l’ordreC’est juste?
La peine de mort est abolie depuis 33 ans. Faut-il le rappeler?

Faut-il faire un dessin pour vous expliquer la situation actuelle?

Nous sommes (presque) tous inquiets de voir la situation économique et sociale se dégrader à vitesse grand V.
Nous avons tous plus ou moins conscience que la vie d’aujourd’hui et de demain n’a rien à voir avec ce que nous avons connu auparavant : Précarité, chômage, coupes drastiques dans les budgets de l’enseignement, du social, de la santé, du culturel… Notre situation d’ici quelques années ressemblera à celle des Grecs et des Espagnols, puisque les logiques en cours sont fruit d’une idéologie libérale appliquée par tous les gouvernements qu’ils soient de droite, de gauche ou d’extrême droite…

Nous allons être amenés à lutter à un moment donné, car nous n’allons pas pouvoir accepter de courber l’échine indéfiniment. Regardez un peu autour de nous, rien qu’en Europe, et vous réaliserez que c’est partout la même : Là où la situation est plus dégradée, les gens de tous âges, des gens qui n’auraient pas imaginé il y a quelques années participer à des mouvements sociaux mais qui sont impactés, ou dont les proches le sont, se mobilisent et tentent de résister par tous les moyens à leur porté aux politiques imposées.  Les États emploient la force car ils sont désavoués par les populations et ce sont les principalement les jeunes qui y font face.

Si nous voulons ce qu’il y a de mieux pour nos gosses, pour les générations futures, on ne peut décemment pas rester bras ballants et encore moins cracher sur leur courage!

Soutenons-les, accompagnons-les,
ORGANISONS NOUS AVEC EUX!


 

PLUS DE MATIERE (et creusez encore!) :
Les révélations de médiapart quant au mensonge d’Etat et à la manipulation de l’opinion publique à la suite de la mort de Rémi Fraisse :

Celle du Monde : http://www.lemonde.fr/societe/article/2014/11/12/il-est-decede-le-mec-la-c-est-grave_4522249_3224.html
Sur les meurtres commis par la police (et ils sont nombreux) : http://www.urgence-notre-police-assassine.fr/

Rémi Fraisse – Les mensonges d’État au grand jour

De nouveaux éléments mettant en cause directement l’État et ses représentants ont été dévoilés par Médiapart.  Ces révélations font écho à la  la lettre ouverte de Farid El Yamni à la mère de Rémi Fraisse. Il s’exprimait en ces termes le 3 novembre dernier:

Manuel Valls dit que les violences sont des insultes à la mémoire de Rémi, mais sachez que Manuel Valls, par son inaction à combattre l’impunité policière, est le premier meurtrier de votre fils. C’est un criminel récidiviste. Il est venu à Clermont-Ferrand une semaine avant le rendu du rapport de contre-autopsie bidon dont il connaissait les aboutissants, et il n’a parlé de l’affaire que pour mieux condamner les violences de ceux que la mise à mort de mon frère révoltait.


La famille est en train de réaliser que la mort de Rémi n’avait rien d’accidentel, mais tout d’un crime d’État. Car c’est bien l’État qui ordonne à ses forces de l’ordre d’écraser systématiquement toute contestation remettant en cause les logiques libérales dont il est le promoteur et c’est lui qui les arme (grenades en tous genres, flashballs, tasers…) pour mener à bien cette mission. C’est aussi l’État et sa « justice » qui régulièrement dédouanent les coupables de violences policières et la chaîne de commandement et ouvrent ainsi un boulevard à la répression. Tout comme c’est l’État qui donne le feu vert à l’arbitraire policier en stigmatisant des strates entières de la population civile (immigréEs sans papiers, pauvres, personnes issues de l’immigration, Roms, etc…).

Comme elles demeurent souvent impunies, les  violences policières — qui vont de l’abus de pouvoir au meurtre en passant par les blessures, mutilations, actes de barbarie… —  sont de plus en plus fréquentes et ont rarement été aussi médiatisées qu’elles le sont aujourd’hui depuis le meurtre de Malik Oussekine par la police .
Farid El Yamni évoque dans sa lettre ouverte le comportement des policierEs. Cet article analyse les obédiences politiques des gendarmes mobiles et Gardes Républicains et ici vous trouverez un court article relatant de l’orientation politique du syndicat de police Alliance.  Rappelons que la police et la gendarmerie sont des corporations dans lesquelles la camaraderie implique de se couvrir les unEs les autres. Nous en avons déjà eu plusieurs exemples, et les murs du Tribunal de Grande Instance de Nantes ont résonné à plusieurs reprises de ces mensonges assermentés.

Ce ne sont donc pas les « violences des manifestantEs » qui insultent la mémoire de Rémi, mais toute cette machinerie politico-médiatique qui s’applique à dissimuler et maquiller la vérité, à criminaliser le mouvement anti répression (et plus largement, les luttes sociales et environnementaux), et à légitimer la violence de l’Etat, seul coupable de l’embrasement.

Quoi de plus logique alors, que cette colère qui se déverse dans les rues de Nantes, Paris, Toulouse, Rennes, Lille, Dijon, Rouen et d’ailleurs?