Un pavé ça se lance, ça s’écrit… Ça se partage !

Je n’arrive décidément pas à être régulière dans l’écriture. J’en étais consciente en créant ce blog mais j’avoue que j’avais mésestimé ma capacité d’improductivité! Il faut dire que j’ai des tas d’autres activités que la seule écriture… Notamment la lecture, et en ce moment c’est une occupation à part entière. Le contexte insurrectionnel qui rythme notre quotidien depuis les mobilisations contre la loi travail et son monde alimente les réflexions d’un grand nombre de groupes et de personnes. Ça écrit de partout ! Sans parler des ouvrages qui ont précédé tout ça et qu’il fait bon relire en ces temps de révolte.

Quand je tombe sur une ressource qui me fait vibrer, je fais ce que la plupart d’entre nous fait : je la partage par tous les moyens à ma disposition et ça passe beaucoup (beaucoup trop) par les réseaux sociaux… Seulement voilà, comme un fait exprès on est généralement très loin de haïkus et plutôt en mode « pavés »(ce qui est totalement dans l’air du temps me direz-vous). Et c’est frustrant parce que plein de personnes passent à côté de textes terriblement forts du fait de leur longueur ou de leur complexité… L’un des avantages qu’il y a à ne pas travailler de manière normée, c’est que même quand un texte est complexe et long, on peut prendre le temps de le lire et de le décortiquer pour le comprendre. Quand on bosse, c’est clairement pas la même…

Il y a quelques semaines Lundi Matin relayait dans son #57 un texte du Comité Érotique Révolutionnaire  qui m’a littéralement subjuguée, transcendée (j’exagère pas, j’ai saoulé touTEs mes amiEs avec, vraiment) : L’autonomie ou rien. Quand je suis tombée dessus, j’ai presque été jalouse de ne pas avoir participé à sa rédaction. Ça duré une demi seconde, car à bien y penser, qu’y a-t-il de plus rassurant que de constater que d’autres groupes, d’autres personnes écrivent ce que l’on pense soi-même, ce que l’on ressent?
Au delà de son contenu politique, cet écrit est d’une sensualité terrible avec ses assonances, ses rythmes, sa progression. J’ai senti le vent de la révolte me claquer le visage, je me suis vue voguer vers d’autres possibles en compagnie du CER et de mes amiEs ; le cœur y est, tant dans le souvenir des errements qui ont suivi les tentatives révolutionnaires d’antan que dans la confiance en notre capacité collective d’en finir avec le code et de créer autre chose. C’est le texte qui fait du bien!
J’ai espoir qu’il puisse être un électrochoc pour les Nuit-Deboutistes qui trouvent désirable (et c’est dingue!) une sixième république, une nouvelle constitution, et pensent que l’Etat est une nécessité…

Bon vous l’avez compris, je l’ai littéralement kiffé. Du coup j’ai voulu soutenir sa diffusion et je me suis lancée à le passer au format audio ; je me suis appliquée comme j’ai pu à le lire (en m’enregistrant avec mon téléphone) et j’ai fait un montage sonore (mon premier) sous Audacity puis j’ai uploadé ce bricolage sur « Bandcamp » :

Donc voilà, pour les forcenéEs de la course qui ne trouvent pas le temps de lire, les personnes qui ont du mal à lire des pavés sur écran, les flemmardEs, et pour nos amiEs malvoyantEs aussi, L’autonomie ou rien est maintenant disponible en version audio!
Vous pouvez l’écouter en ligne ou le télécharger intégralement gratuitement (bien sûr) pour l’écouter en cuisinant, faisant votre footing, en prenant les transports ou quand vous êtes coincé dans les embouteillages… Et vous pouvez le partager à outrance y compris (surtout?) avec celleux de vos amiEs pour qui l’économisme, la démocratie, le parlementarisme, le républicanisme, l’Etatisme sont des « horizons indépassables ». Si vous aussi vous le trouvez fort, il y a des chances qu’il parle à beaucoup de monde!

Et en complément, voici un avant goût de ce que nous avons entamé en Pays Nantais depuis quelques années dans la même ligne que celle du Comité Erotique Révolutionnaire : https://ecoreseaunantes.wordpress.com/

 

 

Une belle année noire en perspective!

J’ai un mal fou avec les convenances qui veulent que l’on formule des vœux, que l’on se souhaite une bonne année, une bonne santé, la réussite et  blablabla à qui veut l’entendre. Oui, c’est bien de se dire de gentilles choses, d’avoir une pensée pour les autres mais… La première semaine de l’année serait donc la semaine où il faut être sympa avec les autres. On souhaite « tout le bonheur du monde » à ses proches, sa famille mais aussi à sa hiérarchie, à celleux qui tout au long de l’année se moquent bien de comment on va et encore plus de qui l’on est, à celleux qui n’en ont au final rien à foutre que nos vœux soient exaucés ou que notre vie soit un cauchemar cette année encore. En fait, cette semaine est surtout représentative du vide sidéral qu’est l’existence normée et des codes mis en place pour y palier…
Je ne jette pour autant la pierre à personne car j’ai bien conscience qu’il est compliqué de sortir du dogme de la bienveillance de la semaine 1/52. J’ai beau jouer les empêcheuses de tourner en rond, j’y suis soumise comme vous et ce billet d’humeur (pas obligatoirement mauvaise!) va en un sens répondre à la convenance, puisque je l’écris un 2 janvier… Mais je vais tenter (gentiment) de botter le cul à la convenance !

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Une belle année noire s’annonce!

2015 sera la suite logique de 2014. Elle comportera son lot de mauvaises nouvelles, d’actualités anxiogènes, et sera certainement plus dense encore en la matière. Les guerres,les famines, l’absence de toit continueront de tuer et l‘économie libérale, de broyer des centaines de millions de personnes selon une logique aussi communément admise qu’inhumaine. Le refrain qui veut que les riches deviennent encore plus riches et les pauvres, encore plus pauvres résonnera en alternance avec les différentes réformes qui ne feront que creuser un peu plus le fossé sous prétexte de relancer la croissance. La bêtise et la bovinerie – voire la porcherie – de certainEs se confirmera tristement. La duplicité, la pauvreté d’âme, l’égoïsme de certainEs autres qui n’hésiteront pas, pour préserver leur statut, leur confort (pour protéger leur cul, disons-le) à écraser leurs pairEs sera de plus en plus criante… Ça envoie du rêve non ?

Oui, c’est pas gai présenté comme ça… Mais on a toujours tendance à être interpelléEs par ce qui est négatif, flippant, et à trop peu relever ce qui est positif, engageant. Pourtant quand une situation se dégrade, une montée en puissance de la résistance s’opère sous différentes formes et  ça branle (sérieusement) dans le manche en ce moment.
J’ai souvenir de manifs anti-répression avant 2014 où nous étions à tout casser 300 (j’ai pas dit 300 à tout casser, je précise! )dans les rues de Naoned, et aujourd’hui, ce sont en moyenne dix fois plus de personnes qui se bougent sans que les mots d(e dés)ordre n’aient été modifiés. Des personnes qui ne font pas obligatoirement partie de la sphère militante, qui sont juste dégoûtées de la manière dont tourne ce monde y prennent part. Les ZADs qui se montent partout sont un autre indice de cette prise de conscience plus large. Ces rassemblements qui ne demandent pas de permission et ne découlent ni d’une centrale syndicale ni de partis politiques, ces émeutes qui éclatent partout dans le monde expriment la colère, le dégoût et la défiance qu’inspirent les Institutions des États à une part croissante du populo. Quand on n’a plus rien (ou de moins en moins) à perdre, les peurs tombent et la terreur change peu à peu de camp ; la violence aveugle des répressions policière et judiciaire illustre pas mal l’état de panique des appareils étatique tout entier. Ce qui est fort, c’est que l’on peut constater que ce que l’on connaît chez nous trouve une résonance au quatre coins du monde. La vitrine de l’État de droit est sérieusement étoilée… Et ça c’est toute l’année !

Si je me délecte de ces constats, si mes yeux brillent en repensant à la pluie diluvienne de caillasses qui s’est abattue le 1er novembre sur les bleuEs, Cour des Cinquante Otages à Nantes, ou en me repassant les images surréalistes du 22 février 2014, ce n’est pas pour autant que je « m’éclate » sur les temps d’émeute et de confrontation. J’ai certes l’amour de ces moments durant lesquels le carton-pâte du décor communément admis – la ville si propre et tout ce qu’elle comporte d’artifices – se fissure pour qu’entre enfin en scène l’expression débridée d’une saine colère, d’un ras le bol général de cette vie là. Je trouve ça romantique : ça vit, c’est puissant, ça transcende. En tous cas quand je compare ces souvenirs ardents avec ceux du petit quotidien normé et gris qui a failli avoir ma peau il y a de ça presque 8 ans, il n’y a pas photo…

Manif annuelle contre le projet d'aéroport - Nantes, 24 mars 2012 Photo d'Yves Monteil - Citizen Nantes

Manif annuelle contre le projet d’aéroport – Nantes, 24 mars 2012
Photo d’Yves Monteil – Citizen Nantes

Mais ce que j’aime par dessus tout c’est voir s’établir tout naturellement les solidarités dans des lieux improbables, entre des personnes que l’on n’a pas l’habitude de voir interagir et qui le vivent avec spontanéité, sur un mode totalement désintéressé. EnrhuméE dans un tram, vous viendrait-il le réflexe de demander un mouchoir à quelqu’unE ? J’imagine que non et si oui, alors chapeau! Lorsqu’on est sur une manif tendue qui vire à l’émeute, le réflexe de celleux qui ont amené de quoi se protéger, c’est de partager leurs doses de sérum, leurs bouteilles de maalox, leurs masques, leurs foulards, leurs conseils aussi ; c’est de faire attention les unEs aux autres. On ne se connaît pas, mais on se reconnaît. C’est à mes yeux l’indice que nous avons bien plus de poids dans la balance du rapport de force que ce que nous imaginons et je pense que c’est précisément ce qui fait flipper le pouvoir en place!

Les manifs sont la partie émergée de l’iceberg insurrectionnel mais l’insurrection c’est aussi la désobéissance aux lois, aux règles et aux codes sociaux. Tant que je me conforme aux usages en vigueur, même avec les meilleures des excuses, je collabore. Tant que je me sens seulE, même si j’espère des jours meilleurs, je ne fais rien. Mais si je me lie à des personnes de mon coin qui partagent la même critique que moi de ce monde, et si ensemble nous commençons à nous organiser pour nous libérer touTEs autant que nous sommes et à désobéir ensemble, alors nous cessons de collaborer et participons à faire tomber l’édifice, au côté d’une myriade de groupes comme le nôtre.
L’organisation dominante que nous subissons ne repose que sur la foi que l’on a en elle. Mais après tout, pourquoi l’État, le grand spectacle politicien, le pouvoir ? Pourquoi la démocratie, la république ? Pourquoi monnaie et propriété dirigent-elles le monde ?… Pourquoi pas des communes libres et indépendantes, l’abolition de tout pouvoir,  de l’argent, de la propriété ? Pourquoi pas une autogestion guidée par le bien commun, la satisfaction des vrais besoins de touTEs ? Pourquoi pas une auto-organisation collective et spontanée ?
Des expériences du passé terriblement réprimées nous prouvent qu’il est tout à fait possible de faire autrement, d’imaginer d’autres formes de vie selon d’autres valeurs. Réaliser que nombre des présupposés qui nous sont inculqués dès notre plus tendre enfance ne sont que des vues de l’esprit, c’est ouvrir la porte à d’innombrables possibles. Plus nous commencerons à les passer à la pratique par notre action simple et quotidienne, plus nous aurons de chances d’en finir avec le vieux monde.

N’attendons donc plus un jour précis pour faire tinter nos verres. Ce que je vous souhaite aujourd’hui, je vous le souhaiterais volontiers chaque jour et ça n’a rien d’un vœu ou d’une incantation :

Trinquons à la fin de ce monde, dansons jusqu’à l’effondrement, portons un toast à nos liens, à nos amitiés, à nos luttes, à la vie! Épanchons chaque jour et chaque nuit notre soif de liberté, savourons le respect que nous nous portons les unEs les autres, le respect que nous avons pour nous-mêmes. Que des milliers de brasiers fassent ressurgir en nous les enfants altruistes et enjouéEs que nous étions! Que brûle en nous le feu ardent de la révolte et qu’il réchauffe nos cœurs roidis par nos si mornes quotidiens! Vivons pleinement, ne refrénons plus nos sentiments de révolte et ayons confiance en notre capacité à créer les bases d’un monde où l’on n’attendra pas de décréter une semaine de mièvrerie sur fond de crise de foie pour avoir une pensée (et sincère en plus) pour les autres. Un monde où chaque jour de l’année la solidarité, la créativité, l’insoumission face à tout ce qui tente nous asservir et notre force collective seront à l’honneur. Je nous souhaite de vivre vraiment, loin de tout ce qui peut être surfait, loin des fausses consolations, en dehors des faux-semblants qui rancissent l’existence jusqu’à la rendre gerbante.

En bref: Vivez!

Et au prochain billet :)

Les insurrections sont finalement venues

Je viens de terminer une lecture des plus nourrissantes et dont il me semble bon de vous parler. Après L’insurrection qui vient, le Comité Invisible a sorti un deuxième ouvrage aux éditions La Fabrique:  A nos amis.
Ce bouquin m’a été prêté et maintenant que je l’ai terminé, il va être à nouveau prêté. C’est le genre de livre qu’il faut se passer de mains en mains, entre amiEs, camarades, en famille. Une perle d’analyse si fine et réaliste, si proche de nous et de nos quotidiens qu’elle ne peut que nous parler en ces période trouble.
Si vous vous demandez encore ce que vous pourriez offrir à vos proches pour une prochaine occasion (ou une occasion prochaine), ce bouquin est un cadeau de choix : un outil de libération de la pensée. Je n’ai pas pour habitude de faire de la promo, mais là il est question d’un investissement raisonnable et intelligent, visant à disséminer une pensée divergente dans laquelle nombre de personnes, jusqu’au moins sensibilisées aux questions politiques, peuvent se reconnaître et trouver de nouveaux repères dans leur façon de se dessiner le monde.
Passez par des libraires indépendantEs ou mieux encore, trouvez le d’occaz!

ànosamis

L’anonymat des auteurEs permet l‘appropriation du propos tenu au fil des pages. Je me suis sentie faire partie de ce Comité Invisible, de ses amiEs. J’ai presque angoissé d’arriver au bout des 242 pages, je ne voulais pas que ça finisse… Mais ce n’était qu’un début, le début d’un plan. Je vis cette lecture et ce qu’elle a remis en ordre dans ma propre réflexion comme une invitation à continuer sur la voie que j’ai choisi : Celle de la révolte face au vieux monde.
L’analyse est parfois cinglante, dure, mais ce réalisme abrupte (un décorticage au scalpel des notions du vieux monde) est bien plus doux que le marasme dans lequel nous baignons quotidiennement touTEs autant que nous en sommes en tentant de garder la tête hors de l’eau. Elle m’a fait l’effet d’une bouffée d’oxygène. Porter ces coups aux présupposés établis comme la norme à laquelle est soumise toute vie peut être déroutant, mais une fois effondrées nos certitudes, nous avons le champ libre pour imaginer autre chose, d’autres formes de vie. Nous pouvons envisager de vivre vraiment. Mettre en lumière les liens que les mouvements nés au quatre coins du monde durant ces sept dernières années entretiennent sans en avoir obligatoirement conscience. Définir l’omniprésence de « l’ennemi » et son absence des vieilles structures auxquelles se sont attaquées les révolutionnaires d’antan, mettre à bas les schémas politiques dans lesquels nous nous embourbons trop souvent, évoquer la capacité créative infinie des rebellions, considérer que l’auto-organisation des mouvements est une fin en soi, une reprise en main directe du commun, une construction solidaire d’une autre façon de vivre, de s’organiser, de fair mouvement… Cet essai est un regard neuf et qui me semble très juste sur le contexte et engageant pour la suite des événements (même si nous devons être conscientEs du risque de contre-révolution…)

La fin de cette hypercivilisation mondialisée, fondée sur la généralisation du mode de vie croissanciste (et donc insoutenable) semble alors plus qu’une calamité, être une véritable aubaine. Nous sommes de plus en plus nombreureuses à constater l’état de déliquescence de nos « sociétés » et les terrains de résistances aussi offensives que créatives du monde entier sont l’indice que le nombre de déterminéEs à enrayer la machine ne fait qu’augmenter.
Ce mouvement a d’ores et déjà commencé. Les manifestations et les émeutes, le mouvement des places, les ZADs qui partout fleurissent sont les lieux et les temps visibles de ces résistances; des moments de rencontre et de prise de conscience du nombre que nous sommes à vouloir vivre vraiment et des forces dont nous disposons en nous rassemblant. Les répressions policières et judiciaires sont l’indice du déclin engagé, d’un pouvoir qui n’est plus rien dès que l’on ne croit plus en sa toute puissance, que l’on se détourne de lui et que l’on s’auto-organise pour notre autonomie, et que l’on vit mieux ainsi! Bien que les coups assénés soient terribles et risquent d’être de plus en plus durs,  je ressens de la joie à penser l’avenir de nos mouvements.
Si ce livre m’a plus confortée dans ce que je pensais déjà qu’il ne m’a appris, il aura au moins eu le mérite de me regonfler en optimisme! Maintenant, à vous, amiEs, de vous en emparer à votre tour!

 

Et plouf, un papier du Canard Enchaîné pour Engué!

Banderole en soutien à Engué - Manifestation anti répression Mai 2014 à Nantes

Banderole en soutien à Engué – Manifestation anti répression Mai 2014 à Nantes

Depuis le 1er avril dernier Engué, un camarade de lutte et un ami, croupit dans les geôles nantaises de la nouvelle prison de la prison de Carquefou pour avoir balancé un fumigène artisanal en direction du mur anti émeute dressé en plein cœur de ville le 22 février 2014, lors de la grande manif anti aéroport.
S’il avait vraiment balancé ce fumigène (qu’il a conçu lui même), la police n’aurait pas pu retrouver son ADN dessus car il l’aurait sans l’ombre d’un doute allumé. Et quand bien même il l’aurait balancé, il apparaît que le mur ciblé n’a pas été touché. Et quand bien même il aurait été touché, peut-on vraiment parler de « violences sans ITT »  quand on parle de matériel?!

Le Canard Enchaîné lui a dédié un papier ce mercredi. Voici l’article en question:

Cliquez sur la photo pour accéder à la rubrique de Citizen dédiée au cas d'Enguerrand

Cliquez sur la photo pour accéder à la rubrique de Citizen dédiée au cas d’Enguerrand


Petite question innocente :
Combien de footeu.se.x seraient derrière les barreaux si ce traitement d’exception dont bénéficie Enguerrand était systématique? En France, la pratique a beau être interdite, les supportereuses ne terminent pas en taule comme ça… Il n’y aurait pas de place pour tout le monde! Ci-dessous, une vidéo d’un stade en France où l’on craque quelques fumis en dépit de l’interdiction. M’est avis que les fumi-gêneureuses coulent des jours paisibles à l’air libre entre les matches!
https://www.youtube.com/watch?v=WgWBO5OxjOg

Retracez l’historique de son incarcération et de l’acharnement judiciaire dont il est l’objet.
Indymedia Nantes répertorie les différentes infos publiées par le Comité de Soutien à Engué depuis la parodie de justice qui l’a envoyé en taule le 1er avril dernier.

Vous pouvez lui envoyer vos p’tits mots de soutien en lui écrivant à cette adresse :

Enguerrand Delanous – écrou 59694
Rue de la Mainguais
BP 71636
44316 Nantes cedex 3


Et si vous n’aviez pas d’autre inspiration que quelques chiffres en toutes lettres sur un chèque (même tout petit) c’est à l’ordre de « Les amis d’Engué » qu’il faut le dresser. 

Voici l’adresse où envoyer vos p’tits papiers :

Comité de soutien à Enguerrand
Chez Maxi Liotard
15 rue Mathurin Brissonneau
44100 Nantes

La vie est chère en taule, et Engué a une femme et une fillette qui depuis 7 mois attendent son retour à la maison. Les sommes récoltées les aideront financièrement tous les trois.

SOLIDARITÉ!

Enguerrand en grève de la faim contre l’acharnement du ministère public

Engué est un ami et un camarade de lutte depuis mes quasi débuts. Il a été condamné à un an de prison car son ADN a été retrouvé sur un fumigène balancé vers le mur qui coupait le centre ville de Nantes en deux le 22 février dernier. Il avait fait l’objet d’une véritable machination policière un an auparavant, mise en lumière et démontée in extremis grâce à la réactivité de nos camarades. Je relaie cet article publié en tribune libre sur Citizen Nantes et j’espère que vous en ferez autant. La « Justice » est elle aussi un outil de répression régulier à l’encontre de nos luttes. Courage Engué, courage aux tienNEs!
Liberté pour Engué
Enguerrand est en grève de la faim contre l’acharnement du Ministère public Aujourd’hui 13 novembre 2014, Enguerrand entame une grève de la faim. Vendredi dernier, il a vu sa demande d’aménagement de peine acceptée par la JAP (Juge d’Application des Peines). Il aurait du sortir hier, sous bracelet électronique, et commencer à travailler à partir de lundi. Sa libération a toutefois été suspendue par le parquet, qui fait appel au prétexte qu’il n’a pas travaillé entre janvier 2013 et son incarcération.  Et pourtant, Enguerrand travaille en prison, et il a pour lui les avis du SPIP (Service Pénitentiaire d’Insertion et de Probation) et de la pénitentiaire : le dossier rêvé. Cette décision politique soulève deux paradoxes : Le procureur, par sa décision, empêche Enguerrand d’occuper l’emploi qu’il avait décroché au motif qu’il n’aurait pas travaillé pendant un an. Le ministère public se déjuge en allant bien au-delà de la peine qu’il avait requis lors du procès du 1er avril, à savoir 6 mois ferme. Cela va faire 7 mois et demi qu’Enguerrand est sous les verrous. La date d’appel n’est toujours pas connue. Comité de soutien à Enguerrand Source : http://www.citizen-nantes.com/article-n-ayons-pas-peur-de-resister-lettre-de-prison-d-enguerrand-124196609.html

Aux vieux cons que nous sommes devenus

J'ai exceptionnellement choisi de ne pas féminiser ce texte pour en faciliter la lecture aux moins coutumierEs de ce type de rédaction.
Il est dédié à mes amiEs, aux vôtres, à touTEs celleux qui restent bras ballants alors qu'une lame de fond devrait traverser le pays en réaction à la mort de Rémi Fraisse, aux récentes révélations de Médiapart 
et du Monde, mais aussi à tous les autres cas moins connus de violences policières qui commencent à être connus.
J'espère que les plus féministes comprendront la finalité de cette non féminisation...

Je m’adresse à mes (vieux) copains et aux vôtres, qui ont aujourd’hui des gosses ou sont en passe d’en avoir : Vous vous souvenez de l’époque du lycée et de la fac? Des mouvements contre le CIP de Balladur ou la réforme Allègre et de cette fameuse sortie : « il faut dégraisser le mammouth ». Oui ça remonte, c’était en 1998 et pour ma part, j’étais en première si mon souvenir est bon.
Flash-back : http://www.ladepeche.fr/article/1998/10/28/162054-lycees-du-neuf-des-la-rentree.html

Cliquez sur la photo, c'est un lien vers un article bien différent que la soupe médiatique que vous pouvez avaler quotidiennement...

Cliquez sur la photo, c’est un lien vers un article bien différent que la soupe médiatique que vous pouvez avaler quotidiennement…

On n’était pas tous politisés, je ne l’étais pas moi même, mais on s’est retrouvés à battre le pavé. Je garderai toujours ce souvenir des cortèges lycéens de Carcouët et Monges – La Chauvinière se rejoignant non loin de Beauséjour ; des embrassades et accolades et de la camaraderie, du sentiment d’unité, de l’énergie que l’on avait et de la détermination de nos cortèges. On a  parcouru des kilomètres et des kilomètres jusqu’au rectorat.  On forçait les entrées des lycées malgré le barrage des administrations. À Michelet on était rentrés dans les couloirs en faisant tout le bruit possible afin de rameuter nos camarades les plus frileux en gueulant « Libérez nos camarades »… Vous vous en souvenez?
Mon père n’était pas d’accord avec le fait que je participe au mouvement, et je l’ai pourtant fait. Je me souviens que de nombreux parents avaient interdit de manifester à mes copains,  mais on a transgressé les interdits parentaux…

Pourquoi je vous parle de ça?

  • Parce que j’en ai marre d’avoir l’impression qu’on a tous oublié ce que c’est d’être jeunes, d’avoir envie de foutre à bas tout ce qui semble injuste et inacceptable.
  • Parce que les parents que nous sommes devenus ou que nous deviendrons potentiellement doivent se souvenir qu’ils ont été jeunes et révoltés. On a (presque) tous été un jour amenés nous aussi à manifester, même si aujourd’hui pas mal d’entre nous sont rangés et mènent une vie tranquille. Et quand bien même on n’aurait pas nous même manifesté, on a tous des proches, de la famille, des potes qui l’ont fait…  Si on a des gosses, des nièces, des neveux, des frangins des frangines, plutôt que de les critiquer et de leur reprocher leur révoltes, ne devrait-on pas tout faire pour qu’ils puissent à leur tour exprimer leurs opinions?On ne doit pas oublier ça!
  • Parce que nos gosses, si petits soit-ils pour le moment, vont à un moment donné avoir envie d’en faire de même et qu’il semble logique qu’ils puissent le faire sans risquer d’y perdre un œil, un nez, ou la vie!
  • Parce que ça fait partie de la vie et du développement de leurs personnalités que de se mobiliser à un moment pour refuser l’injustice et qu’à bien y réfléchir, si le monde tourne comme il tourne, c’est un peu (beaucoup) à cause de notre immobilisme.
    A flipper pour notre petit confort personnel, on en arrive à ne plus croire en rien.

La jeunesse a cette énergie de révolte qu’on a l’air de ne plus avoir. Elle porte un regard neuf sur ce qu’on a fini par admettre à force de pacification et de martelage des impératifs inhérents à la vie  : Bosser pour assurer le quotidien, rester concentrés sur nos petites vies et ne surtout pas se mêler de politique. Ne pas faire de vagues, ne pas prendre de risques…
On peut dire ce qu’on veut. On peut penser que les djeuns d’aujourd’hui n’ont qu’une envie : bloquer leur lycée pour gratter les cours etc… D’une c’est faux et quand bien même ça serait vrai… Ne l’avons nous pas fait nous-même?!
Me dites pas qu’à 16, 17, 18 ans vous étiez aussi tristes et résignés que vous l’êtes aujourd’hui … On est pas sérieux quand on a 17 ans… Et tant mieux!FlyerLycéesComment peut-on donc accepter en tant que parents qui en sommes passés par là, que les gosses d’aujourd’hui et de demain, que les nôtres, ceux de nos voisins, de nos frangins, de nos copains, soient privés du droit d’exprimer leurs idées et leurs êtres?

  •  Est-ce que c’est notre rôle de parents de les éduquer à la soumission, à la contrainte, au fait de se résigner à ce que le monde soit si dégueulasse?! Est-ce que nous devons les formater, leur dire comment ils doivent penser, leur dire qu’ils ne doivent pas penser, ou encore qu’il le peuvent, mais qu’il faut penser en silence?!
  • Est-ce que le message qu’on veut leur passer c’est « fais ce que je dis, pas ce que j’ai fait »?!

Quand je vois mon fiston à 14 ans, commencer à avoir son avis sur l’état du monde et des choses, à dénoncer des injustices flagrantes de son quotidien (les manquements collectifs en permanence, l’arbitraire de certaines punitions au collège, le comportement des contrôleurs de la TAN ou de profs qui leurs parlent n’importe comment, la présence de flics à la sortie du collège…), et qu’il me raconte tout ça sur un mode « euh, c’est pas normal quand même », ça me rassure!
Quand parfois il va au delà du constat et qu’il s’oppose en conscience… Quel bonheur!Mais voilà,  à l’aube de sa prise de conscience, de la construction de ses opinions, il a PEUR. Peur d’aller en manif avec moi, peur pour moi quand j’y vais avec les miens…
Et ça, ça m’inquiète, ça m’attriste, ça me révolte!

A l’époque de nos rébellions lycéennes et/ou étudiantes, ça paraissait plus « soft » et les thèmes étaient plus ciblés (des réformes…) que ce à quoi ces mouvements ressemblent aujourd’hui.

Les lycéens qui participent au Mouvement Inter Luttes Indépendant à Paris se mobilisent  pour des raisons qui nous touchent tous. Ils posent la question du droit de manifester sans risquer de se faire arrêter arbitrairement, frapper, blesser, mutiler ou tuer!
Ils font preuve d’un courage et d’une conscience humaniste juste incroyable et se mobilisent sur des questions auxquelles trop d’entre nous ne veulent même pas réfléchir tellement nous sommes formatés à accepter, à nous résigner… Au delà des risques qu’ils prennent pour leur intégrité physique, ils subissent une vaste opération d’intox médiatique et malgré tout, ils persistent et élargissent le champ de leur action en étayant la question des violences policières et de la répression d’EtatLes expulsions de leurs camarades « en situation irrégulière » — qui, faut-il le préciser, restent des (petits) êtres humains, même s’ils n’ont « pas de papiers » —  les contrôles au faciès à l’encontre de toute personne qui semble « pas très française » ou qui semble venir d’une cité, le harcèlement policier quotidien des banlieues, viennent s’ajouter à leur dénonciation des mutilations en cascade, et de tous ces meurtres policiers dont les médias parlent peu ou prou.

La police tue impunément

Vous croyez qu’ils exagèrent? Que j’exagère?
Voici la liste des victimes blessées, mutilées tuées par la police : http://27novembre2007.blogspot.fr/2014/05/violences-policieres-flashball-lbd-les.html)

Alors on va me dire que « la délinquance », le « sentiment d’insécurité » nécessitent une recrudescence de la présence policière dans les rues, dans les quartiers, partout.  Que c’est rassurant de voir du bleu à tous les coins de rues… Personne ne se pose la question de comment les gens (sur)vivent dans un contexte économique et social qui ne va que de mal en pis?  Personne ne réalise que la population est divisée en strates et gérée différement selon des critères abjectes.
Par contre, quand vous vous faîtes flasher, contrôler positif à l’alcoolémie ou au THC, quand on vous tape au portefeuille, là vous vous trouvez ça injuste…

Et quand un flic qui a mutilé un mineur avec une arme expérimentale (équipée d’un viseur réputé précis!) est relaxé, sans qu’on puisse parler de « légitime défense »…C’est juste?
Ou encore quand des flics qui ont asphyxié un autiste ne sont condamnés qu’à des peines de prison avec sursisC’est juste?
Quand le parquet (entendre l’État) réclame des non-lieux dans des affaires de meurtres par les forces de l’ordreC’est juste?
La peine de mort est abolie depuis 33 ans. Faut-il le rappeler?

Faut-il faire un dessin pour vous expliquer la situation actuelle?

Nous sommes (presque) tous inquiets de voir la situation économique et sociale se dégrader à vitesse grand V.
Nous avons tous plus ou moins conscience que la vie d’aujourd’hui et de demain n’a rien à voir avec ce que nous avons connu auparavant : Précarité, chômage, coupes drastiques dans les budgets de l’enseignement, du social, de la santé, du culturel… Notre situation d’ici quelques années ressemblera à celle des Grecs et des Espagnols, puisque les logiques en cours sont fruit d’une idéologie libérale appliquée par tous les gouvernements qu’ils soient de droite, de gauche ou d’extrême droite…

Nous allons être amenés à lutter à un moment donné, car nous n’allons pas pouvoir accepter de courber l’échine indéfiniment. Regardez un peu autour de nous, rien qu’en Europe, et vous réaliserez que c’est partout la même : Là où la situation est plus dégradée, les gens de tous âges, des gens qui n’auraient pas imaginé il y a quelques années participer à des mouvements sociaux mais qui sont impactés, ou dont les proches le sont, se mobilisent et tentent de résister par tous les moyens à leur porté aux politiques imposées.  Les États emploient la force car ils sont désavoués par les populations et ce sont les principalement les jeunes qui y font face.

Si nous voulons ce qu’il y a de mieux pour nos gosses, pour les générations futures, on ne peut décemment pas rester bras ballants et encore moins cracher sur leur courage!

Soutenons-les, accompagnons-les,
ORGANISONS NOUS AVEC EUX!


 

PLUS DE MATIERE (et creusez encore!) :
Les révélations de médiapart quant au mensonge d’Etat et à la manipulation de l’opinion publique à la suite de la mort de Rémi Fraisse :

Celle du Monde : http://www.lemonde.fr/societe/article/2014/11/12/il-est-decede-le-mec-la-c-est-grave_4522249_3224.html
Sur les meurtres commis par la police (et ils sont nombreux) : http://www.urgence-notre-police-assassine.fr/

Rémi Fraisse – Les mensonges d’État au grand jour

De nouveaux éléments mettant en cause directement l’État et ses représentants ont été dévoilés par Médiapart.  Ces révélations font écho à la  la lettre ouverte de Farid El Yamni à la mère de Rémi Fraisse. Il s’exprimait en ces termes le 3 novembre dernier:

Manuel Valls dit que les violences sont des insultes à la mémoire de Rémi, mais sachez que Manuel Valls, par son inaction à combattre l’impunité policière, est le premier meurtrier de votre fils. C’est un criminel récidiviste. Il est venu à Clermont-Ferrand une semaine avant le rendu du rapport de contre-autopsie bidon dont il connaissait les aboutissants, et il n’a parlé de l’affaire que pour mieux condamner les violences de ceux que la mise à mort de mon frère révoltait.


La famille est en train de réaliser que la mort de Rémi n’avait rien d’accidentel, mais tout d’un crime d’État. Car c’est bien l’État qui ordonne à ses forces de l’ordre d’écraser systématiquement toute contestation remettant en cause les logiques libérales dont il est le promoteur et c’est lui qui les arme (grenades en tous genres, flashballs, tasers…) pour mener à bien cette mission. C’est aussi l’État et sa « justice » qui régulièrement dédouanent les coupables de violences policières et la chaîne de commandement et ouvrent ainsi un boulevard à la répression. Tout comme c’est l’État qui donne le feu vert à l’arbitraire policier en stigmatisant des strates entières de la population civile (immigréEs sans papiers, pauvres, personnes issues de l’immigration, Roms, etc…).

Comme elles demeurent souvent impunies, les  violences policières — qui vont de l’abus de pouvoir au meurtre en passant par les blessures, mutilations, actes de barbarie… —  sont de plus en plus fréquentes et ont rarement été aussi médiatisées qu’elles le sont aujourd’hui depuis le meurtre de Malik Oussekine par la police .
Farid El Yamni évoque dans sa lettre ouverte le comportement des policierEs. Cet article analyse les obédiences politiques des gendarmes mobiles et Gardes Républicains et ici vous trouverez un court article relatant de l’orientation politique du syndicat de police Alliance.  Rappelons que la police et la gendarmerie sont des corporations dans lesquelles la camaraderie implique de se couvrir les unEs les autres. Nous en avons déjà eu plusieurs exemples, et les murs du Tribunal de Grande Instance de Nantes ont résonné à plusieurs reprises de ces mensonges assermentés.

Ce ne sont donc pas les « violences des manifestantEs » qui insultent la mémoire de Rémi, mais toute cette machinerie politico-médiatique qui s’applique à dissimuler et maquiller la vérité, à criminaliser le mouvement anti répression (et plus largement, les luttes sociales et environnementaux), et à légitimer la violence de l’Etat, seul coupable de l’embrasement.

Quoi de plus logique alors, que cette colère qui se déverse dans les rues de Nantes, Paris, Toulouse, Rennes, Lille, Dijon, Rouen et d’ailleurs?

1er novembre – Hommage à Rémi Contre les violences policières

La police tue, mutile, blesse, persécute en toute impunité. La justice ferme les yeux, relaxe, acquitte, prononce des non-lieux ou au mieux des condamnations ridicules au regard du prix payé et de l’arbitraire subit. La communication d’État et ses relais médiatiques plantent un décor qui diffère de la réalité, la déforme et fait abstraction du contexte global dans lequel prend corps la contestation sociale et environnementale. Le traitement des quartiers populaires n’est pas en reste dans cette gestion par la répression… Les personnes issues de l’immigration (ou pouvant y être assimilées) souffrent d’un traitement de faveur à coup de contrôles au faciès et de harcèlement policier quotidien, soutenus par une stigmatisation permanente via les canaux médiatiques dominants.

Un graff Nantais en hommage à Rémi et à d'autres victimes de la police (Quais de Loire -Vincent Gâche)

Un graff Nantais en hommage à Rémi et à d’autres victimes de la police (Quais de Loire -Vincent Gâche)

La polémique qu’entraîne le meurtre de Rémi par la gendarmerie tend à en faire porter la responsabilité par les « mauvaisEs manifestantEs », ce qui est inacceptable; chacunE d’entre nous peut à un moment de sa vie, se retrouver contraintE ou disposéE à la nécessité d’une riposte face à la police et à ses armes faussement non-létales. Il n’ y a pas de bonNEs ou de mauvaisES manifestantEs mais une masse de personnes qui ont compris que leur intérêt, leurs besoins ne priment pas selon les logiques en vigueur. Le vieux système ne fonctionne plus depuis belle lurette, une majorité silencieuse souffre en silence depuis trop longtemps, et laisse éclater sa colère quand elle apprend que l’Etat a assassiné l’un des sienNEs.
On prétexte la « violence » de certainEs pour tirer dans le tas et légitimer les crimes a postériori. Peut-être devrions-nous plutôt nous poser la question de ce qu’on entend par « violence », et ne pas mettre sur le même plan une violence d’État dirigée vers des personnes et une riposte spontanée et symbolique généralement dirigée contre du matériel. Lorsqu’elle vise les « forces de l’ordre » cette« violence » relève de la légitime défense. Face à une armée de pandores suréquipéEs, entraînéEs et au dessus des lois, imaginez-vous réellement que le danger vient des manifestantEs?!

Ce dont il est question dépasse donc de bien loin le projet de barrage du Sivens. Partout dans monde, des contestations soulèvent la même problématique: En 2005 les morts de Zyed et Bouna poursuivis par une police surexcitée provoquent plusieurs nuits d’émeutes; au Brésil, l’augmentation du ticket de bus a embrasé les rues, à Ferguson c’est le meurtre du jeune Michael Brown par la police qui génerent la rébellion, en Bolivie ça a été le mouvement de refus de la privatisation de l’eau, à Bello Monte c’est un barrage qui provoque la révolte, et e

Les cas de meurtres pouvant être attribués à la police française sont plus fréquents depuis une dizaine d’années. Les cas de blessures et de mutilations croissent à un rythme ahurissant et les plaintes pour violences ne se comptent plus. A en croire ce que je lis et ce que j’entends ça et là depuis le meurtre de Rémi, ce qui compte aujourd’hui c’est de savoir si la fin justifiait les moyens… Cela signifie que dans un pays qui se targue d’être démocratique, on manifeste à présent à ses risques et périls.
Ça semble normal à tout le monde?

En chargeant les victimes de fausses accusations, les coupables assermentéEs s’en sortent généralement très bien. Pourtant aucun crime policier ne devrait pouvoir être justifié par quelqu’acte que ce soit  dans un pays qui a abolit la peine de mort il y a 33 ans, qui a signé la Convention de l’ONU contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants ; un pays qui se permet d’aller faire la leçon à d’autres en matière de « démocratie« .

Dans un contexte social qui va s’empirant, une montée en puissance des mouvements de contestation apparaît inévitable. L’État défaillant n’a plus d’autre moyens pour se maintenir en place que de terroriser la population pour museler l’expression de son mécontentement. Ce type de méthode ne peut durer qu’un temps. Seule la pression de la rue pourra en venir à bout.

Ne laissons pas passer, désarmons la police!
Signez la Pétition pour l’arrêt de l’utilisation du flash-ball (sous toutes ses formes), relayez-la sur vos blogs, les réseaux sociaux.
Il faut que ça cesse.


Devant la préfecture
samedi 1er novembre 2014 14h
Manifestation en hommage à Rémi
tué par la gendarmerie mobile à l’âge de 21 ans

 

 

Face au vieux Monde, de nouveaux modes d’action!

J’ai longtemps regretté d’être entrée si tardivement en résistance et pourtant, j’avais des raisons bien à moi de ne pas franchir le pas plus tôt. J’étais particulièrement critique sur le microcosme militant ; toutes ces associations (déclarées ou non, subventionnées ou non) qui fonctionnaient en vase clos me semblaient être à 10 000 lieues de la réalité à laquelle je me heurtais dans mon quotidien.  Ça va bientôt faire 5 ans que j’ai entrepris ce virage à 180° dans ma perception « des choses et du monde » et mon itinéraire m’a fait passer par la Catalogne espagnole. Cette immersion en terre anarchiste a été le point de départ d’un engagement concret, au delà des seules idées et réflexions. Au contact d’Enric Duran et des camarades de la Coopérative Intégrale Catalane , j’ai pu toucher du doigt des modes d’action et d’organisation qui ressemblaient bien plus à l’idée que je me faisais de l’action militante : l’activisme social.

De retour en France, j’ai entrepris de m’impliquer dans les mouvements sociaux locaux. J’ai donc commencé à rencontrer des personnes engagées de longue date, et pour une bonne part, bien plus jeunes que moi. Beaucoup d’entre elles m’ont énormément apporté en terme de connaissances et de réflexion et m’ont réconciliée (au moins en partie) avec l’action militante de ce côté-ci des Pyrénées. J’ai réalisé que l’engagement de ces jeunes se fondait principalement sur leurs convictions, alors que pour ma part, je me suis contentée de goûter aux saveurs âpres de ce monde et de dire, passé un bon moment : « Très peu pour moi »

Depuis 5 ans donc, j’ai eu l’occasion d’observer de l’intérieur le militantisme en Pays Nantais, de le comparer à ce que j’ai pu découvrir dans les tout débuts de ma prise de conscience et je vous propose un tour d’horizon de mes constats et aspirations. Il s’agit, comme le reste de ce blog, d’avis personnels et d’idées qui n’engagent que moi mais qui je l’espère, peuvent apporter du grain à moudre à qui s’attardera sur ce billet. Les commentaires sont tous publiés (sauf bien sûr la liste classique des commentaires sexistes, racistes, homophobes, insultants etc…). Donnez vos avis ;)

CIC

Je n’ai jamais trouvé de dynamique aussi forte que celle que j’ai découverte outre-Pyrénées dès 2010… En tous cas, pas pour l’instant! Et malgré les efforts déployés pour importer l’expérience catalane jusqu’en Pays Nantais et une volonté (restée intacte) d’en partager les fruits, j’ai l’impression que sous prétexte de différences culturelles et historiques, on s’entête à vouloir employer des modes d’action obsolètes, dont l’impact et les résultats restent minimes rapport à l‘énergie déployée et aux risques encourus.

Pourtant, les mouvement sociaux catalans n’ont pas toujours fonctionné sur le mode actuel;  ils ont longtemps comme nous, connu le vase clos, les dissensions et l’éparpillement. Les modes d’action ont évolué depuis l’action d’expropriation d’Enric et les groupes qui aujourd’hui participent à la Coopérative Intégrale Catalane en sont ensuite passés par différentes étapes pour en arriver à la forme actuelle : Les publications Crisi?, Podem! et Rebelaos!, le Mouvement du 15-M et (bien sûr) la dégradation des conditions de vie d’une part grandissante de la population des suites de la crise systémique, ont jalonné ce processus.
Si elle a entre autres financé des projets locaux et la publication de Crisi? et Podem!, il faut rappeler que pas un euro provenant de l’action d’Enric, n’a servi à mener à bien les ambitieux projets de la CIC . Cette expropriation était avant tout destinée à dénoncer le plus largement possible le système financier en mettant en lumière les méthodes employées et les logiques qui l’animent. Or ce système n’a rien d’une spécificité catalane ; nous pouvons tout à fait adapter les critiques et les constats qui découlent de l’action d’Enric, à la situation que nous connaissons en France, ou à celles que connaissent les habitantEs d’autres régions du monde.

La manière dont s’est déroulée l’expropriation revêt quant à elle une importance primordiale. Le déroulement de cette action a été un pied à l’étrier vers d’autres modes d’action — plus ouverts et inclusifs — et une autogestion mêlant horizontalité et décentralisation. La Coopérative Intégrale Catalane a fondé son fonctionnement sur ces mêmes bases. L’autogestion, la gouvernance assembléaire, autant que le consensus qui articulent son organisation ont été redéfinis et ont démultiplié les possibles de manière exponentielle.  C’est une structure fractale, et ouverte aux non-membres partant du principe que touTEs peuvent y apporter puisque touTEs sont impactéEs par le système dominant. Une assemblée régionale est organisée chaque mois pour faire un point des actions en cours et de celles à créer. Des groupes affinitaires, des collectifs, qui existaient auparavant et partagent les valeurs portées par la CIC, ont rejoint cet élan et participent en y apportant leurs initiatives et leurs moyens humains, matériels et financiers. Les projets sont à la fois autonomes et interdépendants. Ils bénéficient du soutien de l’ensemble de la communauté mais si un venait à capoter, il ne nuirait pas au reste des initiatives.

Cette coopérative d’un genre nouveau est dite intégrale car au travers d’elle, on s’emploie à créer des réponses directes depuis la base, aux problématiques engendrées par le système. La CIC a entre autres permis l‘ouverture de centres de santé comme AureaSocial, d’écoles alternatives, l’ouverture d’un hacklab d’où sortent diverses productions libres, ou encore le rachat des dettes des personnes menacées d’expulsion par les banques. Elle facilite l’émergence de nouveaux projets grâce à son organisation décentralisée et son système économique intégral.

Le documentaire Retorn retrace fidèlement les étapes de ce processus et je ne peux que vous inviter à le visionner pour cerner un peu mieux l’historique de ce mouvement en perpétuelle expansion (cliquer sur le bouton CC pour activer les sous-titres en français ).

Revenons en Pays Nantais. La lutte contre l’aéroport et son monde génère un incroyable bouillonnement dans les groupes militants, et depuis l‘opération César, dans l’opinion publique locale et nationale. Rares sont les personnes qui n’ont pas d’avis sur la question et pour cause : Elle met en lumière la fracture entre raison d’État et bien commun. La violence inouïe de la répression policière qui s’est abattue le 22 février 2014 sur les opposantEs au projet d’aéroport, et la répression judiciaire qui a mené plusieurs de nos camarades en prison pour avoir tenu tête aux porcs ce fameux samedi, ont lézardé l’imaginaire commun d’un État garant de l’intérêt général.

Dans mon précédent article, j’ai entre autres soulevé l’impossibilité mathématique de construire des alternatives réelles au système capitaliste en s’appuyant sur les subventions versées par la représentation de l’État, quand l’État est le principal collabo des intérêts dominants et veille à ce que surtout rien ne change. Aujourd’hui, j’ajoute qu’il est tout aussi impossible d’envisager un rapport de force efficace en persistant à agir de manière isolée et en s’arc-boutant sur les modes d’actions que nous employons pour l’heure . La nécessité d’un changement radical de système se précise un peu plus chaque jour, qu’il s’agisse de l’angle social, écologique ou économique. Il devient de plus en plus évident que seul un rapprochement des luttes et des alternatives indépendantes à toutes les échelles (du plus local au plus global), permettra un vrai bouleversement de l’ordre établi ; la chute de ce vieux Monde.

A mon sens, toute création d’alternative doit incorporer les critiques du mode de gouvernance et des logiques de prédation du capitalisme. Le quotidien de chacunE est ancré dans l’idéologie dominante et chaque acte que nous effectuons nous y soumet bon gré mal gré. Le filtre des luttes est nécessaire pour saisir les enjeux et se mettre en mouvement. Je suis convaincue de la nécessité de lutter, mais je pense qu’il faut véritablement cesser de collaborer passivement avec le système dominant : Construire ensemble les moyens de notre autonomie tant collective qu’individuelle. Nos débats et nos expériences prendraient un tour nouveau si nous les ouvrions sur la réalité quotidienne de nos pairs, si nous tentions de trouver touTEs ensemble nos propres réponses aux problématiques soulevées depuis la base, et si nous entreprenions de les construire directement.

integrarevolucio

S’organiser de manière autogérée pour mettre en place des alternatives mais aussi générer des actions de désobéissance massive, et réamorcer la solidarité dans un quotidien devenu des plus individualisants, est certainement l’une des actions les plus efficaces qui puisse être opposée face à ce contexte déliquescent. Il s’agit de prouver par le fait que l’on peut reprendre le contrôle de nos vi(ll)es et de proposer à touTEs celleux qui partagent nos constats de nous rejoindre ou d’en faire autant. Je pense que c’est là aussi la meilleure manière d’arriver à bout des éructations rouge-brunes et autres gesticulations fascisantes qui jonchent de plus en plus l’espace public…

La fin de cet article est ouverte ; je n’ai pas idée de la tournure que prendront les choses chez nous, mais je peux vous donner un peu de matière quant à la continuité des actions des CatalanEs :
Deux ans seulement après son lancement, la Coopérative Intégrale Catalane touchait déjà environ 20 000 personnes sur toute la région. Elle s’est diffusée et a été répliquée dans plusieurs régions d’Espagne suite au Mouvement du 15-M et à l’appel à la Révolution Intégrale. Dans les quartiers, les villages, les cantons et les villes catalanes, on retrouve une myriade de petits groupes et d’EcoRéseaux en lien avec la CIC. Il existe à présent un réseau des Coopératives Intégrales et le modèle s’étendant à d’autres pays (d’abord en France et maintenant jusqu’en Belgique), ce réseau s’internationalise (tout en restant horizontal et décentralisé). Le 17 septembre dernier (6ème anniversaire de la publication Crisi?) la Fair.coop, « la coopérative planétaire pour la justice sociale », voyait le jour. Elle propose la construction d’un réseau mondial de transition post-capitaliste, et a entre autres ambitions, celle de « squatter les marchés financiers ».

Des outils révolutionnaires sont à portée de la communauté et il ne tient qu’à la communauté de s’en saisir.

Pourquoi je n’irai pas à l’Alternatiba – Nantes

Depuis quelques mois, plusieurs associations nantaises se sont réunies dans l’optique d’organiser fin septembre un village des alternatives (clic)  sous l’étiquette « Alternatiba« . Les groupes porteurs d’alternatives sont invités à se mobiliser sur ce temps afin de présenter leurs initiatives sur l’espace public et de les faire connaître du plus grand nombre. La version nantaise qui se prépare se tiendra sur la place du Bouffay. Ça fait beaucoup de bruit dans le milieu associatif du Pays Nantais. plusieurs groupes dans lesquels je milite ont reçu une invitation. Après quelques recherches et plusieurs discussions, j’ai pris la décision de ne pas y participer et je m’en vais vous expliquer pourquoi. Mais d’abord, c’est quoi Alternatiba?
Affiche1-Alternatiba-Nantes1

Il s’agit en fait d’une formule propulsée par l’association basque Bizi. L’idée est de promouvoir la transition écologique depuis des collectifs citoyens locaux auprès d’un public peu ou prou sensibilisé à cette question. Les Villages des Alternatives se veulent être des tribunes pour la diffusion de pratiques soutenables et des moments de convergence entre les initiatives existantes. Les assos locales de plusieurs villes France qui se sentent proches des idées promues par Bizi se sont emparées de ce concept. L’association basque travaille principalement sous un angle réformiste. J’entends par là que leur activité consiste principalement à faire bouger les lignes des éluEs sur les questions écologiques. À Nantes, la version qui se prépare a un goût particulièrement amer. Car à l’aspect réformiste de l’initiative, qui n’était déjà pas pour me convenir, s’ajoute une organisation totalement ouverte à la récupération politique par les pouvoirs locaux. Or, proximité de la ZAD de Notre Dame Des Landes oblige, Nantes est ébranlée par un rapport de force omniprésent entre les volontés populaires et celles des Institutions et de leurs représentantEs.
Le terrain, ou plutôt le terreau qui est le nôtre, met au grand jour les pratiques des collectivités locales et des institutions en terme de manipulation de l’opinion publique et de répression des mouvements sociaux. Le cas nantais est aussi un excellent révélateur de la gestion du bien commun et esquisse parfaitement les logiques économiques en vigueur. Nantes ne fait évidemment pas figure d’exception, mais le théâtre d’action que l’on connait ici porte la lumière sur les rouages de la machine à laquelle on se retrouve confrontéEs dans nos résistances aux quatre coins du globe.

Bienvenue dans à Nantes, la ville aux mille-et-un artifices, où « démocratie participative », greenwashing, ESSwashing et artwashing font loi. On bétonnera une zone humide préservée pour construire un aéroport Haute Qualité Environnementale. Il est possible d’améliorer l’équipement existant, mais il est bien plus rentable de détruire des terres qui devrait nourrir les habitantEs… On expulse des personnes sous prétexte qu’elles squattent des bâtiments vides et on déroule un tapis de béton, de goudron et d’immeubles aux loyers prohibitifs sur des terres cultivables… Puis en parallèle, on crée Le Voyage à Nantes avec pour partenaires Vinci mais aussi Total ou ERDF. Et pour se faire de la thune et leur faire de la pub, on singe les guérillas bocagères/potagères qui avaient pris place dans l’espace urbain quelques mois plus tôt ; ou encore, on ouvre une pseudo « Villa Ocupada » quand une semaine plus tôt on a expulsé la maison de la ZAD à grands renforts de lacrymo et d’intimidations au flashball…
greenwash

Mais tout va bien! En tous cas, à voir la manière de laquelle s’organise et se positionne l’édition nantaise du Village des Alternatives, on pourrait vraiment le croire… En comparaison avec d’autres éditions d’Alternatiba dans d’autres villes, celle-ci est ô combien consensuelle, voire furieusement naïve. Serait-ce parce que plusieurs organisateurices et assos participantEs sont en lien étroit avec les collectivités locales (Nantes Métropole, Le conseil Général, la Région Pays de la Loire) soit directement, soit au travers de structures intermédiaires telles que les Ecossolies ou Ecopôle? Quand le partenariat n’est pas officiel, ce sont les subventions qui assurent la connexion entre les groupes et les institutions — et donc la subordination des premiers face aux secondes…

Selon vous, est-il possible de monter une association réellement écologiste et de percevoir en parallèle des fonds des collectivités locales et territoriales qui promeuvent le bétonnage de plus de 2000 hectares d’une zone humide? Peut-on se permettre d’être ouvertement critique sur les politiques menées par la mairie, le département et la région sans risquer de se faire sucrer les précieuses subventions?
Il m’a déjà été donné par le passé de débattre des incohérences entre les modes d’action et les enjeux locaux avec certainEs militantEs associatives qui aujourd’hui promeuvent l’Alternatiba-Nantes. Je me suis longtemps efforcée de comprendre leur positionnement. Mais après des événements tels que la manif du 22 février, la répression d’Etat ultra violente qui s’en est suivie, l’acharnement judiciaire qui sévit encore sous le signe de l’exemplarité et la déclaration de Jacques Auxiette , j’avais espoir de voir cela évoluer… Que dalle!
Pas une revendication contre l’aéroport et son monde, pas un mot sur la répression et les peines d’abattage qui tombent en cascade sur les militantEs et les lampistes. On critique en revanche la réaction des manifestantEs, qui se voient qualifiéEs de violentEs…  A les entendre, il y avait des bons militantEs et des mauvaisEs militantEs : les pacifistes (elleux) et les violentEs (nous!?!). Ces jugements ineptes ne les ont pas empêchéEs d’aller sur la ZAD les 5 et 6 juillet derniers pour faire la promotion de leur Village des Alternatives. Illes sont contre l’aéroport à titre personnel (chut!) mais illes ne se privent pas de fricoter avec les institutions qui promeuvent ce projet. Illes pensent certainement « avoir plus de poids » auprès des décideureuses et préfèrent pour cela la mettre en veilleuse… Quoi de plus logique? Il serait malvenu de mordre la main qui nourrit, qui abrite, et offre des facilités…. L’Alternatiba locale sera donc respectable et citoyenne. Elle cherche l’assentiment de la population afin d’attirer l’attention des éluEs sur les initiatives présentées. C’est du Colibris trait pour trait ( d’ailleurs on y reviendra bientôt, à Colibris!). Et pendant ce temps là, on bétonne, on mure, on mutile, on emprisonne mais silence! Il ne faut pas froisser, même le plus injuste des pouvoirs si l’on veut gagner ses faveurs. Ne faisons pas de vagues, ni ne soyons « trop radicales ».

« Changer le système » (capitaliste?) clame l’Alternatiba, quand il devient de plus en plus évident qu’il faut changer de système (économique et politique). Ce Village des Alternatives façon beurre blanc ne traite ni plus ni moins que d’aménager le système capitaliste de façon plus vivable pour (au moins) une part de la population. Relocaliser l’économie dominante au travers du consommer local, du consommer bio et équitable labellisés, même à l’aide de monnaies complémentaires, ne fait que modifier l’identité du premier destinataire du paiement qui se retrouvera à un moment ou un autre réinjecté dans le système bancaire. Soulignons au passage qu’il est nécessaire d’avoir de l’Euro pour entrer dans la ronde de cette consommation responsable. Exit donc les plus précaires… La logique du tout marchand ne se voit pas non plus remise en cause par ces initiatives. Il en résulte la création d’un appendice plus vertueux — du moins en apparence — au système capitaliste… On change le pansement mais en aucun cas on n’envisage de penser le changement.
C’est un non-sens de croire qu’il soit possible de créer de vraies alternatives en occultant les luttes sociales et environnementales comme se prépare à le faire l’Alternatiba-Nantes. Pourquoi voudrait-on « faire autrement » si la manière de laquelle nous sommes géréEs depuis « en haut » nous convenait? Construire des alternatives est par essence un acte politique et révolutionnaire. C’est une manière de se réapproprier en tant que groupes et que personnes, des thèmes de la vie quotidienne (alimentation, travail, modes d’échanges, production, propriété privée et valeur d’usage…). En s’interrogeant sur les tenants et aboutissants de la manière dominante de répondre aux nécessités basiques et sur les manquements des institutions, on en vient à imaginer d’autres façons de pourvoir à des besoins communs à touTEs, tout en apprenant à s’organiser selon nos propres codes : On autogère, on autofinance, et on décide ensemble, en dehors de toute hiérarchie, loin des normes et des conventions en vigueur dans les partenariats institutionnels. On sort complètement du système de représentation et du schéma de l’Etat Providence en autogérant le bien commun. On arrête ainsi d’alimenter par tous les moyens possibles l’économie capitaliste, on s’en libère, pour désobéir de plus en plus systématiquement.

Le choix de la consensualité est à mes yeux celui de la servilité, et s’il m’est possible d’entendre que certainEs puissent avoir peur de l’inconnu, il m’est en revanche compliqué d’avoir de l’empathie pour les fondamentalistes républicardEs qui croient encore à l’Etat Providence et à la répartition des richesses. Les actualités fissurent quotidiennement la confiance des populations dans « leurs » institutions et les méthodes de gouvernance. C’est la peur qui maintient l’ordre, on le voit clairement dans notre propre ville entre la criminalisation des luttes (notamment la lutte contre l’aéroport et son monde, mais pas que…), l’omniprésence policière et l’apparition de milices fascistes « anti-racailles » dans le tram (initiative de Génération Identitaire…). A présent que nulLE ne peut occulter les méthodes employées par  les pouvoirs locaux, il est temps de se positionner clairement et c’est loin d’être le cas de l’Alternatiba. On ne peut indéfiniment faire le grand écart entre ses convictions et ses actions. La création d’alternatives indépendantes devient une nécessité vitale dans le processus d’invention d’une autre société. C’est pour toutes ces raisons que je ne me rendrai pas place du Bouffay les 27 et 28 septembre. Cet article, c’est mon préavis de grève!

Et parce qu’il n’est pas possible de parler de tout dans un seul article, voici un écrit d’un membre de l’Alternatiba Lille traitant de l’infiltration par des néo-fascistes de l’édition Lilloise… Infiltration possible grâce au caractère faussement « apolitique » mis en avant par les organisateurices… : http://societedelinformation.wordpress.com/2014/07/24/alerta-antifascista-appel-aux-militants-francophones-dalternatiba-alternaziba-sur-le-virus-rouge-brun-qui-nous-menace/
Plus construit sur le même thèmes de l’infiltration de l’Alternatiba Lille : http://luttennord.wordpress.com/2014/07/26/les-amities-fascistes-de-alternatiba-lille/