Non, l’État ce n’est pas « Nous »

tete de cortege

Si l’on se fie au discours de responsables politiques et de nombreureuses journalistes, les manifestations du 1er novembre à Nantes et Toulouse ont été hyper violentes du fait de l’action de groupes et de personnes venues spécialement pour en découdre avec les forces de l’ordre. Le 22 février 2014, la manifestation annuelle contre le projet d’aéroport de NDDL a subi le même traitement médiatico-politique et nous a laissé le même goût amer. La seule violence que nous avons vécu est celle d’une police et d’une gendarmerie massées en force et hyper agressives, sans le concours desquelles la réaction populaire n’aurait pas été nécessaire.
Ces manifs ne salissent pas la mémoire de Rémi, loin s’en faut. Ce qui salit la mémoire de Rémi, c’est le fait que l’Etat persiste dans sa spirale de répression après avoir tué et légitimé le meurtre. Il nous répond froidement que Rémi ne sera pas le dernier. Les mobilisations de Nantes, Toulouse, Paris, Albi ont défié l’ordre établi et se sont appliquées à tenir la police en respect. Nous n’avons pas détallé face à la répression, nous avons fait ce qu’il fallait, en bravant l’interdiction et la répression. Il faut que nous continuions à agir ainsi et que ce mouvement prenne en ampleur.

Il m’a semblé nécessaire de démystifier à mon petit niveau quelques notions de fond afin de rétablir la vérité sur ce qui s’est matérialisé dans les rues de nos villes. Je suis choquée par les articles et autres récits qui font un distinguo entre « bonNEs » et « MauvaisEs » manifestantEs, par les réactions et les commentaires qui font l’apologie de la violence d’État. Je sais que jusque dans ma famille et dans les rangs de mes amiEs, certainEs gobent tout cru ce qui leur est présenté sous un angle ô combien orienté et condamnent « les violences des manifestantEs« , le « saccage de leur ville« . Un propos implicite est là, tapi derrière les discours des politicienNEs et des représentantEs de l’ordre Étatique. Un propos qui dit et répète sans cesse :

Soyez sages et dociles, de bonNEs citoyenNEs et respectez le cadre que nous vous imposons : VOTEZ et n’imaginez pas remettre en question l’autorité de l’État.
Tout propos radical, tout comportement subversif, toute occupation de l’espace public sans autorisation préalable sera une cible potentielle et nous n’hésiterons pas à interpeller, blesser, mutiler, tuer celleux d’entre vous qui dérogent à la règle
.

Voici l'origine des affrontements.

Ce LBD 40 pointé sur la foule à hauteur de visage Rue de Strasbourg a déclenché dans le cortège une réaction logique : « Baisse ton flashball! ». La réponse de la police se fit à coup de lacrymos et de grenades désencerclantes. Clique sur l’image pour lire un témoignage sur Indymédia Nantes.

Je crois que j’ai sous-estimé le niveau d’intox auquel nous en sommes aujourd’hui arrivéEs. La peur est dans les têtes, mais elle est bien mal dirigée. Ce ne sont pas les manifestations qui devraient faire peur, mais plutôt le fait qu’aujourd’hui l’État puisse arrêter arbitrairement des opposantEs, les blesser, les mutiler, et les tuer impunément. Ce qui me fait peur, c’est l’immobilisme d’une opinion publique amorphe, l’acceptation de l’inacceptable, la justification de l’injustifiable. Ce qui me fait peur, c’est de réaliser la montée en puissance de la violence d’État et la passivité de la plupart de mes pairs qui s’inquiètent plus de l’esthétique d’une ligne de tramway et des rues commerçantes que de l’intégrité physique de leurs pairs et de l’état de déliquescence de la chose publique. A présent, en dehors du verbiage républicain et démocratique (un décor en carton pâte de plus) plus rien ne distingue l’État français de n’importe quel État totalitaire.

Nous avons touTEs (ou presque) été éduquéEs dans la docilité, dans l’obéissance, dans le respect d’un « ’État de droit » baptisé (à tort) démocratie. Les cours d’éducation civique ont donné le ton depuis notre plus tendre enfance. A l’inverse, je revendique un abstentionnisme actif. C’est une façon certainement bien plus responsable de faire de la politique, en considérant le politique de chaque geste du quotidien, en portant le débat là où il est accessible à touTEs, sur l’espace public. Je vois bien plus de sens à cela qu’au fait de glisser un bulletin dans une urne tous les 4 ou 5 ans en soupirant sans réagir sous le poids des mesures prises depuis les hautes sphères d’un pouvoir hors de portée. Je refuse d’offrir mon consentement aux politiques en vigueur, et de jouer à ce jeu faussement démocratique tout comme je ne pourrai jamais me résoudre à demander une autorisation pour exprimer mes opinions!
Nous sommes de plus en plus nombreuses et nombreux à faire ce choix et pourtant, tandis que les chiffres de l’abstention en font le premier parti de France (et la France ne fait pas exception!) la mascarade électorale continue et l’illusion se maintient. Cette abstention galopante est symptomatique de la défiance populaire envers les institutions d’un État défaillant et du refus de se prêter à un jeu dont les règles sont imposées depuis « en haut ». Le pouvoir fait fi de ce désaveu populaire flagrant et emploie la force pour se maintenir en place. Il réprime par sa police et sa justice, et légitime les pires exactions au nom de l’ordre républicain.
Il nous faut donc être INGOUVERNABLES!

Illustration du comportement policier après que Quentin ait été 
touché à l’œil le 22 février 2014 à Nantes.

Du coup, occuper l’espace public— dernier lieu de l’expression populaire —  sans en demander l’autorisation, se révolter contre l’État et ses représentantEs, s’en prendre aux symboles de ce vieux monde — banques, agences immobilières, lieux de pouvoir et de répression, panneaux de pub, boutiques de luxe et chaînes commerciales qui exploitent des milliers de travailleureuses — devient nécessaire. C’est une manière d’affirmer que l’on est vivantEs tout en dénonçant les logiques en vigueur et exprimant une volonté d’autre chose. Ça redonne leur caractère politique à des rues gentrifiées dont on a tenté de nous virer même si ça ne fait pas avancer le schmilblick au sens qu’aucune proposition n’émerge d’émeutes…  Ces espaces occupés, repris, sont l’endroit de nos rencontres, de nos solidarités, de notre communauté de luttes. Une mobilisation déterminée et unitaire qui rassemble un millier de personnes dans une ville comme Nantes, et ce en dépit d’un dispositif policier démesuré et d’une opération de criminalisation du mouvement menée dès la veille, par l’action conjointe de la préfecture, de la mairie, de la Semitan (société de transport nantaise) et de la presse locale; une mobilisation où chacunE brave sa peur, fait face à sa manière à la répression systématique, et fait bloc en dépit des différences de modes d’action est un signal fort que l’Etat ne veut surtout pas voir se généraliser.  Effrayé, il s’emploie à terroriser celleux qui se lèvent aujourd’hui, et à criminaliser tout mouvement. C’est ainsi qu’à Paris, la manifestation du 2 novembre a tout bonnement été étouffée!

Mais il est trop tard pour museler ce large mouvement anti répression. Le lien est fait aujourd’hui, entre les morts de Rémi, de Wissam el Yamni, d’Amine Bentounsi et des autres et les mutilations systématiques à coup de flashball (rien qu’à Nantes : Pierre en 2007, Damien, Emmanuel et Quentin durant l’après midi du 22 février).  Il est impossible de refermer le livre ou de tourner la page en espérant que nous oublierons nos morts, que nous oublierons cette violence d’État qui nous broie en toute impunité. Nous sommes des milliers, peut-être plus encore, à vibrer de la même colère, à vouloir que l’injustice cesse. Les lycéenNEs de Paris et de sa banlieue bloquent leurs établissements et il y a fort à penser que d’autres partout en France leur emboîtent le pas. Ne laissons pas nos gosses, nos petites sœurs, nos petits frères se confronter seulEs à la police et à ses armes.

 C’est toujours l’oppresseur, non l’opprimé qui détermine la forme de lutte. Si l’oppresseur utilise la violence, l’opprimé n’aura pas d’autre choix que de répondre par la violence. Dans notre cas, ce n’était qu’une forme de légitime défense.
– Nelson Mandela –

 

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Autocollant sur le mur de La Perle, un bar Nantais qui se mobilise contre les violences policières

Edit: Ce soir on apprend que la FNSEA, un syndicat d’agriculteurices conventionnelLEs friandEs de produits phytosanitaires, a effectué plusieurs actions décentralisées visant des lieux de pouvoir et commis de nombreuses dégradations. On constate que malgré l’ampleur des dégâts, le traitement policier a été très différent de celui des manifs nantaises, toulousaines, ou parisiennes qui ont fait suite à la mort de Rémi, de la mobilisation du Testet du 25/26 octobre derniers ou encore de la manif contre ce monde et son aéroport à Nantes le 22 février 2014…  Il n’y a donc pas que la Justice qui soit à deux vitesses.

2 réflexions sur “Non, l’État ce n’est pas « Nous »

  1. Pingback: Des révélations | l'Ecolo-Libertaire

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