Aux vieux cons que nous sommes devenus

J'ai exceptionnellement choisi de ne pas féminiser ce texte pour en faciliter la lecture aux moins coutumierEs de ce type de rédaction.
Il est dédié à mes amiEs, aux vôtres, à touTEs celleux qui restent bras ballants alors qu'une lame de fond devrait traverser le pays en réaction à la mort de Rémi Fraisse, aux récentes révélations de Médiapart 
et du Monde, mais aussi à tous les autres cas moins connus de violences policières qui commencent à être connus.
J'espère que les plus féministes comprendront la finalité de cette non féminisation...

Je m’adresse à mes (vieux) copains et aux vôtres, qui ont aujourd’hui des gosses ou sont en passe d’en avoir : Vous vous souvenez de l’époque du lycée et de la fac? Des mouvements contre le CIP de Balladur ou la réforme Allègre et de cette fameuse sortie : « il faut dégraisser le mammouth ». Oui ça remonte, c’était en 1998 et pour ma part, j’étais en première si mon souvenir est bon.
Flash-back : http://www.ladepeche.fr/article/1998/10/28/162054-lycees-du-neuf-des-la-rentree.html

Cliquez sur la photo, c'est un lien vers un article bien différent que la soupe médiatique que vous pouvez avaler quotidiennement...

Cliquez sur la photo, c’est un lien vers un article bien différent que la soupe médiatique que vous pouvez avaler quotidiennement…

On n’était pas tous politisés, je ne l’étais pas moi même, mais on s’est retrouvés à battre le pavé. Je garderai toujours ce souvenir des cortèges lycéens de Carcouët et Monges – La Chauvinière se rejoignant non loin de Beauséjour ; des embrassades et accolades et de la camaraderie, du sentiment d’unité, de l’énergie que l’on avait et de la détermination de nos cortèges. On a  parcouru des kilomètres et des kilomètres jusqu’au rectorat.  On forçait les entrées des lycées malgré le barrage des administrations. À Michelet on était rentrés dans les couloirs en faisant tout le bruit possible afin de rameuter nos camarades les plus frileux en gueulant « Libérez nos camarades »… Vous vous en souvenez?
Mon père n’était pas d’accord avec le fait que je participe au mouvement, et je l’ai pourtant fait. Je me souviens que de nombreux parents avaient interdit de manifester à mes copains,  mais on a transgressé les interdits parentaux…

Pourquoi je vous parle de ça?

  • Parce que j’en ai marre d’avoir l’impression qu’on a tous oublié ce que c’est d’être jeunes, d’avoir envie de foutre à bas tout ce qui semble injuste et inacceptable.
  • Parce que les parents que nous sommes devenus ou que nous deviendrons potentiellement doivent se souvenir qu’ils ont été jeunes et révoltés. On a (presque) tous été un jour amenés nous aussi à manifester, même si aujourd’hui pas mal d’entre nous sont rangés et mènent une vie tranquille. Et quand bien même on n’aurait pas nous même manifesté, on a tous des proches, de la famille, des potes qui l’ont fait…  Si on a des gosses, des nièces, des neveux, des frangins des frangines, plutôt que de les critiquer et de leur reprocher leur révoltes, ne devrait-on pas tout faire pour qu’ils puissent à leur tour exprimer leurs opinions?On ne doit pas oublier ça!
  • Parce que nos gosses, si petits soit-ils pour le moment, vont à un moment donné avoir envie d’en faire de même et qu’il semble logique qu’ils puissent le faire sans risquer d’y perdre un œil, un nez, ou la vie!
  • Parce que ça fait partie de la vie et du développement de leurs personnalités que de se mobiliser à un moment pour refuser l’injustice et qu’à bien y réfléchir, si le monde tourne comme il tourne, c’est un peu (beaucoup) à cause de notre immobilisme.
    A flipper pour notre petit confort personnel, on en arrive à ne plus croire en rien.

La jeunesse a cette énergie de révolte qu’on a l’air de ne plus avoir. Elle porte un regard neuf sur ce qu’on a fini par admettre à force de pacification et de martelage des impératifs inhérents à la vie  : Bosser pour assurer le quotidien, rester concentrés sur nos petites vies et ne surtout pas se mêler de politique. Ne pas faire de vagues, ne pas prendre de risques…
On peut dire ce qu’on veut. On peut penser que les djeuns d’aujourd’hui n’ont qu’une envie : bloquer leur lycée pour gratter les cours etc… D’une c’est faux et quand bien même ça serait vrai… Ne l’avons nous pas fait nous-même?!
Me dites pas qu’à 16, 17, 18 ans vous étiez aussi tristes et résignés que vous l’êtes aujourd’hui … On est pas sérieux quand on a 17 ans… Et tant mieux!FlyerLycéesComment peut-on donc accepter en tant que parents qui en sommes passés par là, que les gosses d’aujourd’hui et de demain, que les nôtres, ceux de nos voisins, de nos frangins, de nos copains, soient privés du droit d’exprimer leurs idées et leurs êtres?

  •  Est-ce que c’est notre rôle de parents de les éduquer à la soumission, à la contrainte, au fait de se résigner à ce que le monde soit si dégueulasse?! Est-ce que nous devons les formater, leur dire comment ils doivent penser, leur dire qu’ils ne doivent pas penser, ou encore qu’il le peuvent, mais qu’il faut penser en silence?!
  • Est-ce que le message qu’on veut leur passer c’est « fais ce que je dis, pas ce que j’ai fait »?!

Quand je vois mon fiston à 14 ans, commencer à avoir son avis sur l’état du monde et des choses, à dénoncer des injustices flagrantes de son quotidien (les manquements collectifs en permanence, l’arbitraire de certaines punitions au collège, le comportement des contrôleurs de la TAN ou de profs qui leurs parlent n’importe comment, la présence de flics à la sortie du collège…), et qu’il me raconte tout ça sur un mode « euh, c’est pas normal quand même », ça me rassure!
Quand parfois il va au delà du constat et qu’il s’oppose en conscience… Quel bonheur!Mais voilà,  à l’aube de sa prise de conscience, de la construction de ses opinions, il a PEUR. Peur d’aller en manif avec moi, peur pour moi quand j’y vais avec les miens…
Et ça, ça m’inquiète, ça m’attriste, ça me révolte!

A l’époque de nos rébellions lycéennes et/ou étudiantes, ça paraissait plus « soft » et les thèmes étaient plus ciblés (des réformes…) que ce à quoi ces mouvements ressemblent aujourd’hui.

Les lycéens qui participent au Mouvement Inter Luttes Indépendant à Paris se mobilisent  pour des raisons qui nous touchent tous. Ils posent la question du droit de manifester sans risquer de se faire arrêter arbitrairement, frapper, blesser, mutiler ou tuer!
Ils font preuve d’un courage et d’une conscience humaniste juste incroyable et se mobilisent sur des questions auxquelles trop d’entre nous ne veulent même pas réfléchir tellement nous sommes formatés à accepter, à nous résigner… Au delà des risques qu’ils prennent pour leur intégrité physique, ils subissent une vaste opération d’intox médiatique et malgré tout, ils persistent et élargissent le champ de leur action en étayant la question des violences policières et de la répression d’EtatLes expulsions de leurs camarades « en situation irrégulière » — qui, faut-il le préciser, restent des (petits) êtres humains, même s’ils n’ont « pas de papiers » —  les contrôles au faciès à l’encontre de toute personne qui semble « pas très française » ou qui semble venir d’une cité, le harcèlement policier quotidien des banlieues, viennent s’ajouter à leur dénonciation des mutilations en cascade, et de tous ces meurtres policiers dont les médias parlent peu ou prou.

La police tue impunément

Vous croyez qu’ils exagèrent? Que j’exagère?
Voici la liste des victimes blessées, mutilées tuées par la police : http://27novembre2007.blogspot.fr/2014/05/violences-policieres-flashball-lbd-les.html)

Alors on va me dire que « la délinquance », le « sentiment d’insécurité » nécessitent une recrudescence de la présence policière dans les rues, dans les quartiers, partout.  Que c’est rassurant de voir du bleu à tous les coins de rues… Personne ne se pose la question de comment les gens (sur)vivent dans un contexte économique et social qui ne va que de mal en pis?  Personne ne réalise que la population est divisée en strates et gérée différement selon des critères abjectes.
Par contre, quand vous vous faîtes flasher, contrôler positif à l’alcoolémie ou au THC, quand on vous tape au portefeuille, là vous vous trouvez ça injuste…

Et quand un flic qui a mutilé un mineur avec une arme expérimentale (équipée d’un viseur réputé précis!) est relaxé, sans qu’on puisse parler de « légitime défense »…C’est juste?
Ou encore quand des flics qui ont asphyxié un autiste ne sont condamnés qu’à des peines de prison avec sursisC’est juste?
Quand le parquet (entendre l’État) réclame des non-lieux dans des affaires de meurtres par les forces de l’ordreC’est juste?
La peine de mort est abolie depuis 33 ans. Faut-il le rappeler?

Faut-il faire un dessin pour vous expliquer la situation actuelle?

Nous sommes (presque) tous inquiets de voir la situation économique et sociale se dégrader à vitesse grand V.
Nous avons tous plus ou moins conscience que la vie d’aujourd’hui et de demain n’a rien à voir avec ce que nous avons connu auparavant : Précarité, chômage, coupes drastiques dans les budgets de l’enseignement, du social, de la santé, du culturel… Notre situation d’ici quelques années ressemblera à celle des Grecs et des Espagnols, puisque les logiques en cours sont fruit d’une idéologie libérale appliquée par tous les gouvernements qu’ils soient de droite, de gauche ou d’extrême droite…

Nous allons être amenés à lutter à un moment donné, car nous n’allons pas pouvoir accepter de courber l’échine indéfiniment. Regardez un peu autour de nous, rien qu’en Europe, et vous réaliserez que c’est partout la même : Là où la situation est plus dégradée, les gens de tous âges, des gens qui n’auraient pas imaginé il y a quelques années participer à des mouvements sociaux mais qui sont impactés, ou dont les proches le sont, se mobilisent et tentent de résister par tous les moyens à leur porté aux politiques imposées.  Les États emploient la force car ils sont désavoués par les populations et ce sont les principalement les jeunes qui y font face.

Si nous voulons ce qu’il y a de mieux pour nos gosses, pour les générations futures, on ne peut décemment pas rester bras ballants et encore moins cracher sur leur courage!

Soutenons-les, accompagnons-les,
ORGANISONS NOUS AVEC EUX!


 

PLUS DE MATIERE (et creusez encore!) :
Les révélations de médiapart quant au mensonge d’Etat et à la manipulation de l’opinion publique à la suite de la mort de Rémi Fraisse :

Celle du Monde : http://www.lemonde.fr/societe/article/2014/11/12/il-est-decede-le-mec-la-c-est-grave_4522249_3224.html
Sur les meurtres commis par la police (et ils sont nombreux) : http://www.urgence-notre-police-assassine.fr/

Publicités

2 réflexions sur “Aux vieux cons que nous sommes devenus

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s